Folklore et légendes

La légende de la Bonne Dame de Sainte – Ode

Au VIIe siècle, une communauté de vierges vivait dans un coin de la grande forêt de Freyr.  Tous les soirs, une cloche permettait aux gens égarés de rejoindre la sainte demeure pour y recevoir l’hospitalité. Malheureusement, durant une nuit d’hiver, une horde de bandits s’abattit sur le refuge.  Ode fut la seule survivante de cet horrible carnage.  Elle mena alors une vie d’ascète dans la forêt, à proximité du village de Lavacherie où elle descendait régulièrement pour demander quelques braises dans son sabot.  Un jour, alors qu’Ode effectuait sa tournée, un nouveau venu au village la congédia quelque peu rapidement.  Le soir-même, l’étranger fut frappé d’un mal mystérieux qui le rendit totalement aveugle.  Le lendemain, plein de regrets, il porta à la jeune fille ce qu’elle lui réclamait.  Ode lui dit alors de se laver les yeux avec l’eau de la source qu’elle venait de faire jaillir des rochers.  Miraculeusement, l’homme retrouva la vue.

 

Aujourd’hui, la source existe toujours, l’eau est recueillie dans une petite cuvette en forme de coquillage.  Juste à coté, un sanctuaire en pierres de schiste a été érigé à la mémoire de la Bonne Dame. De nombreux visiteurs viennent encore se frotter les yeux avec l’eau miraculeuse et un pèlerinage est organisé chaque année, le deuxième dimanche de mai.

 

Jusqu’au milieu des années 50, c’est cette légende qui a fait foi dans l’histoire du village.  De plus, la tradition a longtemps considéré sainte Ode d’Amay comme la tante de saint Hubert, il n’était donc pas étonnant de voir apparaître un sanctuaire dédié à cette sainte à proximité de l’abbaye de Saint-Hubert.  Pourtant, cette histoire est aujourd’hui bel et bien reléguée au rang de légende et s’incline devant la critique historique et la rigueur des documents.

 

On ne trouve aucune trace du lieu-dit Sainte-Ode avant 1572, date à laquelle la Chambre des Comptes délivre un octroi approuvant la construction de "forge et fourneau pour servir à fendre et battre fer" à un certain Jehan Piret, originaire du Brabant.  Celui-ci, conscient des dangers que représente le travail du fer, décide de placer ses forges sous la protection de sainte Ode, pour qui il fait construire le fameux sanctuaire de schiste et la fontaine.

 

Jehan Piret n'a pas eu de mal à trouver une sainte guérisseuse de maux d'yeux dans sa région d'origine, le Brabant. Aujourd’hui encore, on y trouve des fontaines dédiées aux saintes Adèle, Ode ou Odile.  Nous pensons que la sainte vénérée à la chapelle de la Bonne Dame est sainte Ode d’Amay, car celle-ci est toujours représentée avec un livre et une minuscule église.  Or, il n’est attribué aucune vertu de guérison à cette sainte.  Il semblerait donc qu’il y ait une confusion entre sainte Ode d’Amay et, soit sainte Ode l’Irlandaise, soit sainte Odile d’Alsace, toutes deux invoquées pour les maux d’yeux.  Sainte Ode l’Irlandaise, brusquement frappée de cécité, retrouva la vue en priant intensément sur le tombeau de Saint Lambert, tandis que sainte Odile, née aveugle en 660, ouvrit les yeux lorsque l’eau baptismale toucha ses paupières.  Plus tard, elle fonda un monastère à Hohenbourg où elle trouva un vieillard,  épuisé par la soif et la fatigue. La sainte fit alors jaillir une source pour le désaltérer puis se servit de cette eau pour soigner ceux qui souffraient des yeux.

 

Après 1571, Jean Piret établit donc une fonderie et une affinerie de fer à Sainte-Ode, en plus d’un atelier de broyage de minerai aux Tailles, un marteau-pilon à Prelle et des usines à Berghême.  Jusqu’en 1609, Sainte-Ode relevait de la cour féodale de La Roche, puis fut érigé ensuite en plein fief par les archiducs Albert et Isabelle en 1609.  Ceux-ci déclarèrent : « Il (Jean Piret) a transformé un bien stérile et désert en un endroit habitable appelé Sainte-Oude (prononciation locale) ».

 

En 1648, le petit-fils de Jean Piret se vit attribuer un titre de noblesse et des armoiries. Le château des Piret fut construit sur la route actuelle qui conduit à Tenneville. Détruit par un incendie et par des entrepreneurs peu scrupuleux, il n'en reste aujourd'hui que les anciennes dépendances (ferme, grange). Après trois siècles de prospérité durant lesquels Saint-Ode fut considéré comme un siège important de l'industrie sidérurgique luxembourgeoise, le domaine et ses 2000 ha boisés furent vendus en 1821 à la famille Orban de Grivegnée.

 

Extrait du livre l'Ardenne à pied - Maison de la Randonnée - 2009

 

La Pierre du Gayet à Tillet

 

Pierre de schiste compact utilisée pour immoler un taureau à des divinités quelconques. Arrivant à Tillet, tout étranger se voyait offrir un broc de lait qu'il devait boire d'un trait, hissé sur le dolmen.

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